8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 02:06

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Mes amis,

 

je n'ai pas eu le temps de rédiger les deux posts promis (débats sur la laïcité: Danger ! Et Kadhafi tel que vous ne le connaissez pas - j'aborderai aussi la question de la diplomatie française) en raison d'imprévus. Mais je tiens à envoyer ce post pour attirer l'attention sur une très grave question, un nouveau péril, et en même temps je voudrais vous dire que le 2e équinoxe annuel commence, comme vous le savez je suis à quelques mètres de la mer, de plain-pied avec elle. Donc, mon activité, pendant quelques jours, dépendra des caprices de l'eau...

Bonne lecture, cordialement, votre eva  

 

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Les ingrédients du Nouvel Ordre Mondial :

Détruire, uniformiser, diviser

Par eva R-sistons

 

 

Ils veulent tout tuer ! Et surtout l'identité des peuples. Traditions, coutumes, idiome, culture, tout doit être balayé, même des siècles d'Histoire. Et ce n'est pas sans raison que le temps consacré à l'enseignement de l'Histoire, de la Géographie, de la Philosophie, doivent se restreindre, au profit du sport, des activités manuelles. Tout doit être fait pour empêcher les peuples de perpétuer leurs coutumes, leurs traditions, et de réfléchir. Quel enseignement tirer, par exemple, des Révolutions de 1789 ou de 1848 ? Des combats de nos ancêtres pour améliorer le sort de l'humanité ? Des luttes de libération ? Des Isaac et des Jacob ont l'Enseignement en mains, se chargeant de ré-écrire dans nos manuels l'Histoire à leur gré, et les Décideurs, aujourd'hui, s'emploient à restreindre le champ de la pensée. On a demandé à nos enfants de porter le fardeau des petites victimes de la Shoah, mais on a oublié toutes les autres souffrances, celles des Noirs esclaves ou celles des Amérindiens. Bref, tout est à sens unique. Et ce sens-là nous fait perdre l'ouverture aux autres, aux traditions dans leur diversité, et plus généralement, le sens de l'Histoire, de l'étude comparative.

 

Car il faut bien voir que la Mafia qui s'est octroyée indûment tous les droits sur les peuples, même celui de faire leur malheur, a une seule idée en tête: Etablir de façon totale, et définitivement, la domination de l'Occident sur le monde, un Occident Anglo-Saxon, même et peut-être surtout s'il est en perte de vitesse. Quand la bête est à terre, quand elle est sur le point de rendre l'âme, dans un ultime sursaut elle s'en prend violemment à tout ce qui s'oppose à elle. Et dans ces cas-là, l'ultime recours est la guerre... Dans leur bulle, les concepteurs ne sont pas capables d'imaginer la souffrance de chaque individu, de chaque famille, de chaque Etat lésés. Ils ont les yeux rivés sur des entités virtuelles, le Marché, le CAC40...

 

Et plus la bête immonde sera à terre, plus elle sera féroce, plus elle se crispera. La culture d'un peuple, son identité, son Histoire, même sa langue, sont conçus comme autant d'ennemis potentiels, de rivaux futurs. Il faut tout uniformiser, tout niveler : Par le bas, sur le modèle le plus brutal, le plus dur, celui des Thatcher et des Reagan, qui continuent à faire des ravages. Plus que jamais. 

 

J'ai regardé la désinformation au Journal de 20 h, on y parlait de la télévision numérique. Victoire de la diversité ? Les citoyens auront plus de chaînes à regarder ? Ils seront là encore, bien malgré eux, enchaînés à de nouveaux boulets, toujours plus.  Il y aura tant à regarder qu'il n'y aura plus besoin de sortir, d'agir, d'échanger. Ce que nous DEVONS penser sera apporté à domicile. Trié, aseptisé, formaté, calculé pour que nous cessions de penser, justement, et que nous dépendions totalement de ce qui nous sera proposé, passé au crible des censeurs de l'Occident anglo-saxon et sioniste. Manipulés, conditionnés par la Pensée unique chargée de faire de nous sinon des producteurs (aujourd'hui inutiles), du moins des consommateurs serviles.

 

Un intervenant dit ceci : "Avant, on se rassemblait pour regarder la télévision. Aujourd'hui, la consommation de l'image est individuelle". Eh oui, nous consommons même des images ! Et individuellement, chacun dans notre coin, pour ne plus échanger ou nous informer, ne plus nous regrouper, ne plus agir ensemble, aussi, le cas échéant. C'est le but : Nous isoler, pour mieux nous apporter à domicile la Bonne Parole du Marché, de la Compétition, de la Guerre économique, des OGM, des vaccins indispensables, des fonds de pension prometteurs, etc etc... Même le bistrot chaleureux et coloré de nos parents est appelé à disparaître : Au profit des pubs glaciaux où chacun est isolé de l'autre...

 

Accros de la culture américaine et de ses modèles, consommateurs d'information, ou plutôt de désinformation, zélés relais de la propagande libérale... abêtis, complètement !

 

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Pas seulement isolés, d'ailleurs. Divisés, également. Une tactique du Nouvel Ordre Mondial, faute de pouvoir bombarder tous les pays récalcitrants, c'est de diviser pour régner. On morcelle, on balkanise, comme en Côte d'Ivoire, au Soudan, en Irak, bientôt en Libye... Avec des zones qu'on s'approprie, celles dont les sous-sols sont riches ou les positions stratégiques, en abandonnant aux autochtones le soin de gérer la pénurie. Alors, il est pas beau, l'Occident moribond ? 

 

Il est temps de réagir si nous ne voulons pas, demain, finir comme des moutons.

 

Et le destin des moutons, tôt ou tard, est de finir à l'abattoir...

 

Eva R-sistons

 

http://r-sistons.over-blog.com link

 

TAGS : Nouvel Ordre Mondial, consommateurs, télévision, Soudan, Irak, Libye, Côte d'ivoire, libéralisme, Marché, Anglo-Saxons, CAC40, fonds de pension, concurrence, sioniste, Occident, Révolution de 1848, 1789...

 

 

 

http://www.bakchich.info/IMG/jpg_jpg_Culture-caddie-80847-3.jpg

http://www.desartsonnants.com/article-c-est-la-culture-qu-on-assassine-66353805.html

 

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Deux livres
sur comment et pourquoi on détruit la culture,
la morale, l'éducation, le civisme,
et comment l'on abrutit les masses

Jean Claude Michéa, L'enseignement de l'ignorance,

montre de façon assez convaincante comment l'économie politique et l'idéal capitaliste ont besoin de la destruction de l'éducation, de la culture et du civisme pour amener l'humanité vers leur idéal consumériste.

L'idée principale est que la morale, le civisme, la culture, les racines etc etc, entravent la logique rationnelle et égoïste du système capitaliste, de la raison purement économique comme source de toute action. Par ailleurs, 20% des travailleurs ayant été jugés suffisants pour faire tourner la machine économique, l'objectif serait d'abêtir les autres et d'en faire, via les divertissement de masse débilisants, des imbéciles heureux, malgré leur condition sociale frustrante, en bloquant aussi evidemment toute progression sociale via l'éducation, et tout esprit critique pour échapper à l'empire des médias manipulateurs.

 
Dans le second ouvrage, C'est la culture qu'on assassine,
Pierre Jourde, sans spéculer sur les objectifs de ces phénomènes, décrit de l'intérieur (il a été professeur en lycée, puis à l'université) la manière dont ces structures sont attaquées, les mécanismes qui sont mis en œuvre pour en détruire l'efficacité et l'objectif premier qui est la transmission du savoir. Le tableau est révoltant. Ces deux livres complémentaire présentent des analogies du discours tout aussi intéressantes qu'inquiétantes.
  Je viens de terminer la lecture d’un livre comme il y en a peu :
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jean-claude-michea-enseignement-de-l-ignorance-conditions-modernes

De Lasch à Michéa et de Michéa à Lasch :

Jean-Claude Michéa est le traducteur d’un auteur américain, décédé depuis une petite dizaine d’année, Christopher Lasch :

La page Wiki consacrée à Christopher Lasch


christopher-lasch-la-culture-du-narcissisme

Voici la préface intégrale de La culture du narcissisme, un essai de sociologie sur la société américaine :

Par Michéa : préface en intégralité

Lasch a mis beaucoup de temps avant d’être édité en France et ce malgré les efforts d’intellectuels comme Emmanuel Todd dés le début des années 80 : cf. Après l’empire : Essai sur la décomposition du système américain

Mais ce n’était certainement pas la bonne décennie.

“Cie” : autres sources de Jean-Claude Michéa :

Michéa fait aussi souvent allusion à Liliane Lurçat, chercheuse en Sciences de l’Éducation et peut être une des seules qui dénonce sans concession l’évolution de l’enseignement en France, de la maternelle à l’Université :

liliane-lurcat-laurent-lafforgue-une-tragedie-incomprise


Ce sujet est aujourd’hui largement traité et je remarquerais juste la parution de deux livres récents sur le sujet plus particulièrement axés sur l’enseignement supérieurs, et qui ont le mérite de faire entendre des témoignages troublant sur la vie de l’université en France d’une part, et de refaire le point sur la place du savoir et des espaces qui y sont consacrés dans la société d’aujourd’hui :


de-la-destruction-du-savoir-en-temps-de-paix

pierre-jourde-universite-la-grande-illusion

 

Parmi les autres sources de Michéa, citons encore Serge Latouche.

Latouche n’est pas très difficile à trouver. Très militant et écrivain prolixe, il remplissait régulièrement les colonnes du Monde Diplomatique il y a peu encore :

En finir, une fois pour toutes, avec le développement

Pour une société de décroissance

Et la décroissance sauvera le Sud…

Et en voilà d’autres :

Serge Latouche et le débat sur la décroissance

Le développement n’est pas le remède à la mondialisation

De Mauss au MAUSS

Reprenons.

Michéa défend l’idée que les sociétés ont longtemps fonctionné sur un autre schéma que celui que l’économie politique nous inflige, à savoir une vision du monde et des êtres humains comme autant d’entités recherchant leurs propres intérêts, ne vivant que pour le satisfaire.

Il nous rappelle à cet effet les travaux d’un des fondateurs de l’ethnologie, Marcel Mauss. Grand théoricien du concept de don/contre-don.

Voici une page où l’on peut télécharger librement la plupart des écrits de Mauss dont son célèbre Essai sur le don :

Marcel Mauss – sociologue français (1872-1950)

Depuis 1981, la revue du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales) s’est imposée comme une des toutes premières revues interdisciplinaires et un des lieux importants du débat public en France. Elle offre des perspectives inédites en sciences économiques, en anthropologie, en sociologie ou en philosophie politique.
Aux antipodes de l’encyclopédisme, et grâce à la variété de son questionnement et de ses angles d’attaque, la revue du MAUSS procède à un bilan permanent et raisonné des sciences sociales. Parce qu’elle s’est toujours refusée à dissocier les discussions proprement scientifiques de leurs enjeux éthiques et politiques, la revue du MAUSS est à l’origine de nombreux débats de société aujourd’hui cruciaux.

“Anti-Utilitariste”, elle critique l’économisme dans les sciences sociales et le rationalisme instrumental en philosophie morale et politique. Rendant hommage par son nom à Marcel Mauss, elle incite à penser le lien social sous l’angle des dons (agonistiques) qui unissent les sujets humains.

Cette revue de recherche, de vulgarisation et de débats s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à ce qui se produit à l’intersection des sciences sociales, du politique et de l’histoire, et plus spécialement aux universitaires, aux chercheurs et aux étudiants.

Le MAUSS édite également, avec les éditions La Découverte & Syros une collection d’essais : la bibliothèque du MAUSS, qui accueille désormais la série “Économie solidaire et démocratie”. Animée par le CRIDA (Centre de recherches et d’information sur la démocratie et l’autonomie, équipe de recherche du LSCI, laboratoire du CNRS LP31), cette série porte sur le fait associatif dans la perspective d’une économie et d’une démocratie plurielles.

Le MAUSS organise des réunions-débats et s’associe à des colloques et rencontres dont le programme figure en page Actualité du MAUSS. Par ailleurs, divers intervenants confrontent leurs points de vue à propos de l’avenir de l’Europe. Une sélection de contributions a été rassemblée en page Débat sur l’Europe.

On peut trouver des présentations d’un grand nombre des numéros de La Revue du MAUSS :

Le site du MAUSS

Le MAUSS propose également une revue permanente en ligne et d’accès gratuit :

Journal du MAUSS

 

C’est tout pour aujourd’hui.

 

Cristobal

 

http://www.gilles-arnaud-sphere.com/?p=2573

 

 

C'est la culture qu'on assassine


Pierre Jourde, C’est la culture qu’on assassine, Balland, 2011, 288 p.

ISBN : 978-2-35315-098-4

Le barbu sur l’image de la couverture, c’est la culture qu’on assassine. Mais on peut y voir aussi l’inverse : celles et ceux dont on a entrepris d’asservir l’esprit, et qui se révoltent contre l’empire de la crétinisation.
Les pouvoirs économique, politique, médiatique se conjuguent pour nous plonger dans une nouvelle barbarie : abandon de l’école publique, transformation des universités en monstres bureaucratiques, télévision avilissante, ruine des instituts culturels français, mépris affiché pour la littérature, journalistes usinant du cliché, promotion de faiseurs au rang de grands écrivains, mort de la culture populaire, disparition de l’esprit critique. Face à cette agression, tous les coups sont permis, notamment ceux de l’ironie.
Contre les fausses valeurs et la déréalisation propagées par les médias, la littérature est une résistance.

 

http://w3.u-grenoble3.fr/traverses/spip/spip.php?article150

 

 

 

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http://www.desartsonnants.com/article-c-est-la-culture-qu-on-assassine-66353805.html

 

 

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Libye: 

Révolte populaire,  guerre civile, ou agression militaire ?

trois semaines, des affrontements opposent les troupes fidèles au colonel Kadhafi à des forces d’opposition issues de l’est du pays. Après Ben Ali et Moubarak, Kadhafi sera-t-il le prochain dictateur à tomber ? Ce qui se passe en Libye est-il semblable aux révoltes populaires en Tunisie et en Egypte ? Comment comprendre les frasques et les retournements de veste du colonel ? Pourquoi l’Otan se prépare-t-elle à la guerre ? Comment expliquer la différence entre un bon Arabe et un mauvais Arabe ? Dans ce nouveau chapitre de notre série Comprendre le monde musulman, Mohamed Hassan répond aux questions d’Investig’Action...

 

Interview : Grégoire Lalieu & Michel Collon

 
Après la Tunisie et l’Egypte, la révolution arabe aurait-elle gagné la Libye ?
Ce qui se passe actuellement en Libye est différent. En Tunisie et en Egypte, le manque de libertés était flagrant. Mais ce sont les conditions sociales déplorables qui ont véritablement poussé les jeunes à la révolte. Tunisiens et Egyptiens n’avaient aucune possibilité d’entrevoir un avenir.
 
En Libye, le régime de Mouammar Kadhafi est corrompu, monopolise une grande partie des richesses et a toujours réprimé sévèrement toute contestation. Mais les conditions sociales des Libyens sont meilleures que dans les pays voisins. L’espérance de vie en Libye est plus importante que dans le reste de l’Afrique. Les systèmes de santé et d’éducation sont convenables. La Libye est d’ailleurs l’un des premiers pays africains à avoir éradiqué la malaria. Même s’il y a de fortes inégalités dans la répartition des richesses, le PIB par habitant est d’environ 11.000 dollars. Un des plus élevés du monde arabe. Vous ne retrouvez donc pas en Libye les mêmes conditions objectives qui ont conduit aux révoltes populaires en Tunisie et en Egypte.
 

Comment expliquez-vous alors ce qui se passe en Libye ?
 
Pour bien comprendre les événements actuels, nous devons les replacer dans leur contexte historique. La Libye était autrefois une province ottomane. En 1835, la France s’empara de l’Algérie. Par ailleurs, le gouverneur égyptien Mohamed Ali, sous tutelle de l’Empire ottoman, menait une politique de plus en plus indépendante. Avec, d’une part, les Français en Algérie et, d’autre part, Mohamed Ali en Egypte, les Ottomans craignaient de perdre le contrôle de la région : ils envoyèrent leurs troupes en Libye.
 
A cette époque, la confrérie des Senoussis exerçait une influence très forte dans le pays. Elle avait été fondée par Sayid Mohammed Ibn Ali as Senoussi, un Algérien qui, après avoir étudié dans son pays et au Maroc, alla prêcher sa vision de l’islam en Tunisie et en Libye. Au début du 19ème siècle, Senoussi commençait à faire de nombreux adeptes, mais n’était pas bien perçu par certaines autorités religieuses ottomanes qu’il critiquait dans ses prêches. Après un passage en Egypte et à la Mecque, Senoussi décida de s’exiler définitivement en Cyrénaïque, dans l’est de la Libye.
 
Sa confrérie s’y développa et organisa la vie dans la région, y percevant des taxes, résolvant les conflits entre les tribus, etc. Elle possédait même sa propre armée et proposait ses services pour escorter les caravanes de commerçants passant par là. Finalement, cette confrérie des Senoussis devint le gouvernement de fait de la Cyrénaïque, étendant même son influence jusque dans le nord du Tchad. Mais ensuite, les puissances coloniales européennes s’implantèrent en Afrique, divisant la partie sub-saharienne du continent. Cela eut un impact négatif pour les Senoussis. L’invasion de la Libye par l’Italie entama aussi sérieusement l’hégémonie de la confrérie dans la région.

 
En 2008, l’Italie a versé des compensations à la Libye pour les crimes coloniaux. La colonisation avait été à ce point terrible ? Ou bien Berlusconi voulait se faire bien voir pour conclure des accords commerciaux avec Kadhafi ?
 
La colonisation de la Libye fut atroce. Au début du 20ème siècle, un groupe fasciste commença à diffuser une propagande prétendant que l’Italie, vaincue par l’armée éthiopienne à la bataille d’Adoua en 1896, devait rétablir la primauté de l’homme blanc sur le continent noir. Il fallait laver la grande nation civilisée de l’affront infligé par les barbares. Cette propagande affirmait que la Libye était un pays sauvage, habité par quelques nomades arriérés et qu’il conviendrait aux Italiens de s’installer dans cette région agréable, avec son paysage de carte postale.
 
L’invasion de la Libye déboucha sur la guerre italo-turque de 1911, un conflit particulièrement sanglant qui se solda par la victoire de l’Italie un an plus tard. Cependant, la puissance européenne ne contrôlait que la région de la Tripolitaine et devait faire face à une résistance tenace dans le reste du pays, particulièrement dans la Cyrénaïque. Le clan des Senoussis y appuyait Omar Al-Mokhtar qui dirigea une lutte de guérilla remarquable, dans les forêts, les grottes et les montagnes. Il infligea de sérieux dégâts à l’armée italienne pourtant mieux équipée et supérieure en nombre.
 
Finalement, au début des années trente, l’Italie de Mussolini prit des mesures radicales pour éliminer la résistance. La répression devint extrêmement féroce et l’un de ses principaux bouchers, le général Rodolfo Graziani écrivit : « Les soldats italiens étaient convaincus qu’ils étaient investis d’une mission noble et civilisatrice. (…) Ils se devaient de remplir ce devoir humain quel qu’en fût le prix. (…) Si les Libyens ne se convainquent pas du bien-fondé de ce qui leur est proposé, alors les Italiens devront mener une lutte continuelle contre eux et pourront détruire tout le peuple libyen pour parvenir à la paix, la paix des cimetières…  ».
 
En 2008, Silvio Berlusconi a payé des compensations à la Libye pour ces crimes coloniaux. C’était bien sûr une démarche intéressée : Berlusconi voulait bien se faire voir de Kadhafi pour conclure des partenariats économiques. Néanmoins, on peut dire que le peuple libyen a terriblement souffert du colonialisme. Et parler de génocide ne serait pas exagéré.
 
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Omar Al-Mokhtar
 

Comment la Libye gagna-t-elle son indépendance ?
 
Pendant que les colons italiens réprimaient la résistance en Cyrénaïque, le chef des Senoussis, Idriss, s’exila en Egypte pour négocier avec les Britanniques. Après la Seconde Guerre mondiale, l’empire colonial européen fut progressivement démantelé et la Libye devint indépendante en 1951. Appuyé par la Grande-Bretagne, Idriss prit le pouvoir. Pourtant, une partie de la bourgeoisie libyenne, influencée par le nationalisme arabe qui se développait au Caire, souhaitait que la Libye soit rattachée à l’Egypte. Mais les puissances impérialistes ne voulaient pas voir se développer une grande nation arabe. Elles appuyèrent donc l’indépendance de la Libye en y plaçant leur marionnette, Idriss.

 
625px-Map_of67c0-ce153.pngLe roi Idriss répondit-il aux attentes ?
 
Tout à fait. A l’indépendance, les trois régions qui constituent la Libye - la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque - se sont retrouvées unifiées dans un système fédéral. Mais il faut savoir que le territoire libyen est trois fois plus grand que la France. A cause du manque d’infrastructures, les limites de ce territoire n’ont pu être clairement définies qu’après l’invention de l’avion. Et en 1951, le pays ne comptait qu’un million d’habitants. De plus, les trois régions nouvellement unifiées avaient une culture et une histoire très différentes. Enfin, le pays manquait de routes permettant aux régions de communiquer. En fait, la Libye était à un stade très arriéré, ce n’était pas une véritable nation.

 
Pouvez-vous préciser ce concept ?
 
L’Etat-nation est un concept lié à l’apparition de la bourgeoisie et du capitalisme. En Europe, durant le moyen-âge, la bourgeoisie capitaliste souhaitait développer son commerce sur une échelle aussi large que possible, mais était freinée par toutes les contraintes du système féodal. Les territoires étaient morcelés en de nombreuses petites entités, ce qui imposait aux commerçants de payer un grand nombre de taxes pour livrer une marchandise d’un endroit à un autre. Sans compter les divers privilèges dont il fallait s’acquitter auprès des seigneurs féodaux. Toutes ces entraves ont été supprimées par les révolutions bourgeoises capitalistes qui ont permis la création d’Etats-nations avec de grands marchés nationaux sans entraves.
 
Mais la nation libyenne a été créée alors qu’elle était encore à un stade précapitaliste. Elle manquait d’infrastructures, une grande partie de la population était nomade et impossible à contrôler, les divisions étaient très fortes au sein de la société, l’esclavage était encore pratiqué… De plus, le roi Idriss n’avait aucun projet pour développer le pays. Il était totalement dépendant des aides US et britanniques.

 
Pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis le soutenaient-ils ? Le pétrole ?
 
En 1951, le pétrole libyen n’avait pas encore été découvert. Mais les Anglo-Saxons avaient des bases militaires dans ce pays qui occupe une position stratégique pour le contrôle de la mer Rouge et de la Méditerranée.
 
Ce n’est qu’en 1954 qu’un riche Texan, Nelson Bunker Hunt, découvrit le pétrole libyen. A l’époque, le pétrole arabe se vendait aux alentours de 90 cents le baril. Mais le pétrole libyen était acheté à 30 cents le baril tellement ce pays était arriéré. C’était peut-être le plus misérable d’Afrique.
 

De l’argent rentrait pourtant grâce au pétrole. A quoi servait-il ?
 
Le roi Idriss et son clan, les Senoussis, s’enrichissaient personnellement. Ils redistribuaient également une partie des revenus pétroliers aux chefs des autres tribus pour apaiser les tensions. Une petite élite s’est développée grâce au commerce du pétrole et quelques infrastructures ont été construites, principalement sur la côte méditerranéenne, la partie la plus intéressante pour commercer avec l’extérieur. Mais les zones rurales dans le cœur du pays restaient extrêmement pauvres et des tas de miséreux s’amassaient dans des bidonvilles autour des cités. Cela a continué jusqu’en 1969, quand trois officiers ont renversé le roi. Parmi eux, Kadhafi.

 
Comment se fait-il que la révolution soit venue d’officiers de l’armée ?
 
Dans un pays profondément marqué par les divisions tribales, l’armée était en fait la seule institution nationale. La Libye n’existait pas en tant que telle sauf à travers cette armée. A côté de ça, les Senoussis du roi Idriss possédaient leur propre milice. Mais dans l’armée nationale, les jeunes Libyens issus des différentes régions et tribus pouvaient se retrouver.
 
Kadhafi a d’abord évolué au sein d’un groupe nassériste, mais lorsqu’il a compris que cette formation ne serait pas capable de renverser la monarchie, il s’est engagé dans l’armée. Les trois officiers qui ont destitué le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. Gamal Abdel Nasser était lui-même un officier de l’armée égyptienne qui renversa le roi Farouk. Inspiré par le socialisme, Nasser s’opposait à l’ingérence des puissances néocoloniales et prônait l’unité du monde arabe. Il nationalisa d’ailleurs le canal de Suez, jusque là géré par la France et la Grande-Bretagne, s’attirant les foudres et les bombardements de l’Occident en 1956.
Le panarabisme révolutionnaire de Nasser avait eu un effet important en Libye, notamment dans l’armée et sur Kadhafi. Les officiers libyens auteurs du coup d’Etat de 1969 suivirent le même agenda que Nasser.

 
Quels furent les effets de la révolution en Libye ?
 
Kadhafi avait deux options. Soit laisser le pétrole libyen aux mains des compagnies occidentales comme l’avait fait le roi Idriss. La Libye serait alors devenue comme ces monarchies pétrolières du Golfe où l’esclavage est encore pratiqué, où les femmes n’ont aucun droit et où des architectes européens peuvent s’éclater à construire des tours farfelues avec des budgets astronomiques qui proviennent en fait des richesses des peuples arabes. Soit suivre une voie indépendante des puissances néocoloniales. Kadhafi a choisi cette deuxième option, il a nationalisé le pétrole libyen, provoquant la colère des impérialistes.
 
Dans les années 50, une blague circulait à la Maison Blanche, au sein de l’administration Eisenhower qui se développa ensuite en véritable théorie politique sous Reagan. Comment distinguer les bons des mauvais Arabes ? Un bon Arabe fait ce que les Etats-Unis lui disent. En échange, il reçoit des avions, est autorisé à déposer son argent en Suisse, est invité à Washington, etc. Eisenhower et Reagan nommaient ces bons Arabes : les rois d’Arabie Saoudite et de Jordanie, les cheikhs et émirs du Koweït et du Golfe, le Shah d’Iran, le roi du Maroc et bien-sûr, le roi Idriss de Libye. Les mauvais Arabes ? Ceux qui n’obéissaient pas à Washington : Nasser, Kadhafi, Saddam plus tard…
 

Tout de même, Kadhafi n’est pas très…
 
Kadhafi n’est pas un mauvais Arabe parce qu’il fait tirer sur la foule. On fait la même chose en Arabie Saoudite ou au Bahreïn et les dirigeants de ces pays reçoivent tous les honneurs de l’Occident. Kadhafi est un mauvais Arabe parce qu’il a nationalisé le pétrole libyen que les compagnies occidentales considéraient - jusqu’à la révolution de 69 - comme leur appartenant. Ce faisant, Kadhafi a apporté des changements positifs en Libye, au niveau des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de la condition des femmes, etc.

 
416px-Muammaf9a4-f52eb.jpgBon, Kadhafi renverse la monarchie, nationalise le pétrole, s’oppose aux puissances impériales et apporte des changements positifs en Libye. Pourtant, quarante ans plus tard, c’est un dictateur corrompu, qui réprime l’opposition et qui ouvre à nouveau les portes du pays aux compagnies occidentales. Comment expliquer ce changement ?
 
Dès le départ, Kadhafi s’est opposé aux grandes puissances coloniales et a généreusement soutenu divers mouvements de libération dans le monde. Je trouve qu’il a été très bien pour ça. Mais pour être complet, il faut aussi préciser que le colonel était anticommuniste. En 1971 par exemple, il fit dérouter vers le Soudan un avion transportant des dissidents communistes soudanais qui furent aussitôt exécutés par le président Nimeyri.
 
En fait, Kadhafi n’a jamais été un grand visionnaire. Sa révolution était une révolution de nationaliste bourgeois et il a instauré en Libye un capitalisme d’Etat. Pour comprendre comment son régime est parti à la dérive, nous devons analyser le contexte qui n’a pas joué en sa faveur, mais aussi les erreurs personnelles du colonel.
Tout d’abord, nous avons vu que Kadhafi était parti de rien en Libye. Le pays était très arriéré. Il n’y avait donc pas de gens éduqués ou une forte classe ouvrière pour appuyer la révolution. La plupart des personnes ayant reçu une éducation faisaient partie de l’élite qui bradait les richesses libyennes aux puissances néocoloniales. Evidemment, ces gens n’allaient pas soutenir la révolution et la plupart d’entre eux quittèrent le pays pour organiser l’opposition à l’étranger.
 
De plus, les officiers libyens qui ont renversé le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. L’Egypte et la Libye prévoyait d’ailleurs de nouer un partenariat stratégique. Mais la mort de Nasser en 1970 fit tomber le projet à l’eau et l’Egypte devint un pays contre-révolutionnaire, aligné sur l’Ouest. Le nouveau président égyptien, Anouar al-Sadate, se rapprocha des Etats-Unis, libéralisa progressivement l’économie et s’allia avec Israël. Un bref conflit éclata même avec la Libye en 1977. Imaginez la situation dans laquelle se trouvait Kadhafi : le pays qui l’avait inspiré et avec lequel il devait conclure une alliance capitale devenait soudainement son ennemi !
 
Un autre élément contextuel a joué en défaveur de la révolution libyenne : la baisse importante du cours du pétrole dans les années 80. En 1973, dans le cadre de la guerre israélo-arabe, les pays producteurs de pétrole décidèrent d’un embargo, faisant grimper en flèche le prix du baril. Cet embargo provoqua le premier grand transfert de richesses du Nord vers le Sud. Mais dans les années 80, eut lieu ce qu’on pourrait appeler une contre-révolution pétrolière orchestrée par Reagan et les Saoudiens. L’Arabie Saoudite augmenta considérablement sa production de pétrole et inonda le marché, provoquant une chute radicale des prix. Le baril passa de 35 dollars le baril à 8 dollars.
 

L’Arabie Saoudite ne se tirait-elle pas une balle dans le pied ?
 
Cela eut en effet un impact négatif sur l’économie saoudienne. Mais le pétrole n’est pas le plus important pour l’Arabie Saoudite. Sa relation avec les Etats-Unis prime avant tout, car c’est le soutien de Washington qui permet à la dynastie saoudienne de se maintenir au pouvoir.
 
Ce raz-de-marée pétrolier eut des conséquences catastrophiques pour de nombreux pays producteurs de pétrole qui s’endettèrent. Et tout cela se produisit dix années seulement après la montée au pouvoir de Kadhafi. Le dirigeant libyen, parti de rien, voyait en plus les seuls moyens dont il disposait pour construire quelque chose, fondre comme neige au soleil avec la chute des cours du pétrole.
Notez également que cette contre-révolution pétrolière accéléra la chute de l’URSS, alors empêtrée en Afghanistan. Avec la disparition du bloc soviétique, la Libye perdait son principal soutien politique et se retrouva très isolée sur la scène internationale. Isolement d’autant plus grand que l’administration Reagan avait placé la Libye sur la liste des Etats-terroristes et imposé toute une série de sanctions.
 

Qu’en est-il des erreurs commises par Kadhafi ?
 
Comme je l’ai dit, ce n’était pas un grand visionnaire. La théorie développée autour de son livre vert est un mélange d’anti-impérialisme, d’islamisme, de nationalisme, de capitalisme d’Etat et d’autres choses encore. Outre son manque de vision politique, Kadhafi a d’abord commis une grave erreur en attaquant le Tchad dans les années 70. Le Tchad est le cinquième plus grand pays d’Afrique et le colonel, considérant sans doute que la Libye était trop petite pour ses ambitions mégalomaniaques, a annexé la bande d’Aozou. Il est vrai qu’historiquement, la confrérie des Senoussis exerçait son influence jusque dans cette région. Et en 1935, le ministre français des Affaires étrangères, Pierre Laval, voulut acheter Mussolini en lui proposant la bande d’Aozou. Mais finalement, Mussolini se rapprocha d’Hitler et l’accord resta lettre morte.
 
Kadhafi a néanmoins voulu annexer ce territoire et s’est livré à une lutte d’influence avec Paris dans cette ancienne colonie française. Finalement, les Etats-Unis, la France, l’Egypte, le Soudan et d’autres forces réactionnaires de la région, ont soutenu l’armée tchadienne qui mit en déroute les troupes libyennes. Des milliers de soldats et d’importantes quantités d’armes furent capturés. Le président du Tchad, Hissène Habré, vendit ces soldats à l’administration Reagan. Et la CIA les utilisa comme mercenaires au Kenya et en Amérique latine.
 
Mais la plus grande erreur de la révolution libyenne est d’avoir tout misé sur les ressources pétrolières. En effet, les ressources humaines sont la plus grande richesse d’un pays. Vous ne pouvez pas réussir une révolution si vous ne développez pas l’harmonie nationale, la justice sociale et une juste répartition des richesses.
Or, le colonel n’a jamais supprimé les discriminations ancestrales en Libye. Comment mobiliser la population si vous ne montrez pas aux Libyens que, quelque soit leur appartenance ethnique ou tribale, tous sont égaux et peuvent œuvrer ensemble pour le bien de la nation ? La majorité de la population libyenne est arabe, parle la même langue et partage la même religion. La diversité ethnique n’est pas très importante. Il était possible d’abolir les discriminations pour mobiliser la population.
 
Kadhafi a également été incapable d’éduquer le peuple libyen sur les enjeux de la révolution. Il n’a pas élevé le niveau de conscience politique de ses citoyens et n’a pas développé de parti pour appuyer la révolution.

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Pourtant, dans la foulée de son livre vert de 1975, il instaure des comités populaires, sorte de démocratie directe.
 
Cette tentative de démocratie directe était influencée par des concepts marxistes-léninistes. Mais ces comités populaires en Libye ne s’appuyaient sur aucune analyse politique, aucune idéologie claire. Ce fut un échec. Kadhafi n’a pas non plus développé de parti politique pour appuyer sa révolution. Finalement, il s’est coupé du peuple. La révolution libyenne est devenue le projet d’une seule personne. Tout tournait autour de ce leader charismatique déconnecté de la réalité. Et lorsque le fossé se creuse entre un dirigeant et son peuple, la sécurité et la répression viennent combler le vide. Les excès se sont multipliés, la corruption s’est développée de manière importante et les divisions tribales se sont cristallisées.
 
Aujourd’hui, ces divisions resurgissent dans la crise libyenne. Il y a bien sûr une partie de la jeunesse en Libye qui est fatiguée de la dictature et qui est influencée par les événements en Tunisie et en Egypte. Mais ces sentiments populaires sont instrumentalisés par l’opposition dans l’est du pays qui réclame sa part du gâteau, la répartition des richesses étant très inégale sous le régime de Kadhafi. Bientôt, les véritables contradictions vont apparaître au grand jour.
 
On ne sait d’ailleurs pas grand-chose sur ce mouvement d’opposition. Qui sont-ils ? Quel est leur programme ? S’ils voulaient vraiment mener une révolution démocratique, pourquoi ont-ils ressorti les drapeaux du roi Idriss, symboles d’un temps où la Cyrénaïque était la province dominante du pays ? Ont-ils demandé leur avis aux autres Libyens ? Peut-on parler de mouvement démocratique lorsque ces opposants massacrent les Noirs de la région ? Si vous faites partie de l’opposition d’un pays, que vous êtes patriotique et que vous souhaitez renverser votre gouvernement, vous tentez cela correctement. Vous ne créez pas une guerre civile dans votre propre pays et vous ne lui faites pas courir le risque d’une balkanisation.
 
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Selon vous, il s’agirait donc plus d’une guerre civile résultant des contradictions entre clans libyens ?
 
C’est pire, je pense. Il y a déjà eu des contradictions entre les tribus, mais elles n’ont jamais pris une telle ampleur. Ici, les Etats-Unis alimentent ces tensions afin de pouvoir intervenir militairement en Libye. Dès les premiers jours de l’insurrection, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a proposé d’apporter des armes aux opposants. Dans un premier temps, l’opposition organisée sous le Conseil National a refusé toute ingérence des puissances étrangères, car elle savait que cela jetterait le discrédit sur son mouvement. Mais aujourd’hui, certains opposants en appellent à une intervention armée.
 
Depuis que le conflit a éclaté, le président Obama a dit envisager toutes les options possibles et le sénat US appelle la communauté internationale à décréter une zone de non-vol au-dessus du territoire libyen, ce qui serait un véritable acte de guerre. De plus, le porte-avion nucléaire USS Enterprise, positionné dans le golfe d’Aden pour combattre la piraterie, est remonté jusqu’aux côtes libyennes. Deux navires amphibies, l’USS Kearsage et l’USS Ponce, avec à leur bord plusieurs milliers de marines et des flottes d’hélicoptère de combat, se sont également positionnés dans la Méditerranée.
 
La semaine passée, Louis Michel, l’ancien commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire de l’Union Européenne, s’est demandé avec force sur un plateau de télévision quel gouvernement aurait le courage de défendre devant son parlement la nécessité d’intervenir militairement en Libye. Mais Louis Michel n’a jamais appelé à une telle intervention en Egypte ou à Bahreïn. Pourquoi ?
 

La répression n’est-elle pas plus violente en Libye ?
 
La répression était très violente en Egypte, mais l’Otan n’a jamais positionné des navires de guerre le long des côtes égyptiennes pour menacer Moubarak. On l’a tout juste appelé à trouver une issue démocratique !
 
Pour la Libye, il faut être très prudent avec les informations qui nous parviennent. Un jour, on parle de 2.000 morts et le lendemain, le bilan est revu à 300. On a aussi dit dès le début de la crise que Kadhafi avait bombardé son propre peuple, mais l’armée russe, qui surveille la situation par satellite, a officiellement démenti cette information. Si l’Otan se prépare à intervenir militairement en Libye, nous pouvons être sûrs que les médias dominants vont diffuser la propagande de guerre habituelle.
 
En fait, la même chose s’est passée en Roumanie avec Ceausescu. Le soir du réveillon de Noël 1989, le premier ministre belge Wilfried Martens a fait un discours à la télévision. Il a prétendu que les forces de sécurité de Ceausescu venaient de tuer 12.000 personnes. C’était faux. Les images du fameux charnier de Timisoara ont également fait le tour du monde. Elles étaient censées démontrer la violence aveugle du président roumain. Mais il s’est avéré plus tard que tout cela était une mise en scène : des cadavres avaient été sortis de la morgue et placé dans des fosses pour impressionner les journalistes. On a aussi dit que les communistes avaient empoisonné l’eau, que des mercenaires syriens et palestiniens étaient présents en Roumanie ou bien encore que Ceausescu avait formé des orphelins pour en faire des machines à tuer. C’était de la pure propagande pour déstabiliser le régime.
 
Finalement, Ceausescu et sa femme furent tués après un simulacre de procès qui dura 55 minutes. Bien sûr, tout comme Kadhafi, le président roumain n’était pas un enfant de chœur. Mais que s’est-il passé depuis ? La Roumanie est devenue une semi-colonie de l’Europe. La main d’œuvre bon marché y est exploitée. De nombreux services ont été privatisés au profit des compagnies occidentales et sont hors de prix pour une grande partie de la population. Et maintenant, chaque année, des tas de Roumains vont pleurer sur la tombe de Ceausescu. La dictature était une chose terrible, mais depuis que le pays a été économiquement détruit, c’est pire !
 

Pourquoi les Etats-Unis voudraient-ils renverser Kadhafi ? Depuis une dizaine d’années, le colonel est devenu à nouveau fréquentable pour l’Occident et a privatisé une grande partie de l’économie libyenne au profit des compagnies occidentales.
 
Il faut analyser tous ces événements à la lumière des nouveaux rapports de force dans le monde. Les puissances impérialistes sont en déclin alors que d’autres forces sont en plein essor. Récemment, la Chine a proposé de racheter la dette portugaise ! En Grèce, la population est de plus en plus hostile à cette Union Européenne qu’elle perçoit comme une couverture de l’impérialisme allemand. Les mêmes sentiments se développent dans les pays de l’Est. Par ailleurs, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak pour s’emparer du pétrole mais au final, seule une compagnie US en profite, le reste étant exploité par des compagnies malaisiennes et chinoises. Bref, l’impérialisme est en crise.
 
Par ailleurs, la révolution tunisienne a fortement surpris l’Occident. Et la chute de Moubarak encore plus. Washington tente de récupérer ces mouvements populaires, mais le contrôle lui échappe. En Tunisie, le premier ministre Mohamed Ghannouchi, un pur produit de la dictature Ben Ali, était censé assurer la transition et donner l’illusion d’un changement. Mais la détermination du peuple l’a contraint à démissionner. En Egypte, les Etats-Unis comptent sur l’armée pour maintenir en place un système acceptable. Mais des informations me sont parvenues confirmant que dans les innombrables casernes militaires disséminées à travers le pays, de jeunes officiers s’organisent en comités révolutionnaires par solidarité avec le peuple égyptien. Ils auraient même fait arrêter certains officiers associés au régime de Moubarak.
 
La région pourrait échapper au contrôle des Etats-Unis. Intervenir en Libye permettrait donc à Washington de briser ce mouvement révolutionnaire et d’éviter qu’il ne s’étende au reste du monde arabe et à l’Afrique. Depuis une semaine, des jeunes se révoltent au Burkina-Faso mais les médias n’en parlent pas. Pas plus que des manifestations en Irak.
 
L’autre danger pour les Etats-Unis est de voir émerger des gouvernements anti-impérialistes en Tunisie et en Egypte. Dans ce cas, Kadhafi ne serait plus isolé et pourrait revenir sur les accords conclus avec l’Occident. Libye, Egypte et Tunisie pourraient s’unir et former un bloc anti-impérialiste. Avec toutes les ressources dont ils disposent, notamment les importantes réserves de devises étrangères de Kadhafi, ces trois pays pourraient devenir une puissance importante de la région. Probablement plus importante que la Turquie.
 

Pourtant, Kadhafi avait soutenu Ben Ali lorsque le peuple tunisien s’est révolté.
 
Cela montre à quel point il est faible, isolé et déconnecté de la réalité. Mais les rapports de force changeants dans la région pourraient modifier la donne. Kadhafi pourrait changer son fusil d’épaule, ce ne serait pas la première fois.
 

Comment pourrait évoluer la situation en Libye ?
 
Les puissances occidentales et ce soi-disant mouvement d’opposition ont rejeté la proposition de médiation de Chavez. Ce qui laisse entendre qu’ils ne veulent pas d’issue pacifique au conflit. Mais les effets d’une intervention de l’Otan seront désastreux. On a vu ce que cela a donné au Kosovo ou en Afghanistan.
 
De plus, une agression militaire pourrait favoriser l’entrée en Libye de groupes islamistes qui pourraient s’emparer d’importants arsenaux sur place. Al-Qaïda pourrait s’infiltrer et faire de la Libye un deuxième Irak. Il y a d’ailleurs déjà des groupes armés au Niger que personne ne parvient à contrôler. Leur influence pourrait s’étendre à la Libye, au Tchad, au Mali, à l’Algérie… En fait, en préparant une intervention militaire, l’impérialisme est en train de s’ouvrir les portes de l’enfer !
 
En conclusion, le peuple libyen mérite mieux que ce mouvement d’opposition qui plonge le pays dans le chaos. Il lui faudrait un véritable mouvement démocratique pour remplacer le régime de Kadhafi et instaurer la justice sociale. En tout cas, les Libyens ne méritent pas une agression militaire. Les forces impérialistes en déroute semblent pourtant préparer une offensive contre-révolutionnaire dans le monde arabe. Attaquer la Libye est leur solution d’urgence. Mais cela leur retomberait sur les pieds.
 
 
http://michelcollon.info/Libye-revolte-populaire-guerre.html
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Et si on salivait pour rester en forme ?

 
 Salivez, vous êtes fichés !

Condamné il y a deux ans pour une broutille, Pascal a été obligé de se soumettre, à La Rochelle, à un prélèvement salivaire destiné à déterminer son empreinte génétique. Comme tout le monde. Témoignage

Pascal ne comprend pas. Il sait comme tout le monde que la justice manque de moyens, que la police est débordée. Et voilà qu'à 55 ans, alors qu'il n'a tué personne, violé personne, volé personne, il est convoqué au commissariat de La Rochelle pour tirer la langue à un officier de police judiciaire. « Prélèvement biologique », est-il écrit sur le courrier recommandé qu'il a reçu le 28 janvier, « suite à votre condamnation du 1er décembre 2008 ». « Comme si les policiers n'avaient que ça à faire. Et puis ça coûte cher, ce fichage systématique ! »

Pascal se souvient avoir été jugé en correctionnelle pour une querelle de voisinage. Excédé par un voisin qui, dit-il, « m'a pourri la vie pendant quatre ans », et alors que personne ne prenait en compte ses plaintes répétées, il avait saisi un jour le vieux fusil de son père et tiré un coup de feu en l'air sous le nez de l'emmerdeur.

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Mais il ne se rappelle pas avoir été condamné. « Le procureur n'avait rien requis contre moi, compte tenu des circonstances. Le juge m'a juste dit qu'il confisquait le fusil. Je n'ai jamais reçu de notification de jugement, seulement un avis à payer les 90 euros de frais fixes de procédure, ce que j'ai fait. »

 

1,5 million de Français fichés

 

Pascal sait qu'il a fait « une connerie ». Mais de là à être « traité comme un criminel », ça le révolte. Qu'il se rassure, il n'est pas le seul. Au 31 janvier 2010, dernier chiffre fourni par la Commission nationale informatique et libertés, le FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques) comptait très exactement 1 257 182 traces, contre moins de 3 000 il y a dix ans. Sachant qu'il s'enrichit chaque mois de plusieurs milliers de noms, on doit approcher aujourd'hui le million et demi.

De vrais méchants ? Des terroristes, des criminels, des violeurs multirécidivistes ? Non. Ou pas uniquement. Réservé à l'origine (1998) aux seuls crimes sexuels, le prélèvement d'ADN a été étendu en 2003 à 137 crimes et délits, soit les trois quarts du Code pénal. À l'exception notable de la délinquance financière.

Désormais, dans les armoires du FNAEG, le tueur en série côtoie le voleur de poules, le pédophile le militant syndical, l'auteur d'attentats le faucheur d'OGM... C'est Monsieur Tout le monde (et plus rarement Madame) qui est désormais visé par ce fichage de masse dénoncé par les défenseurs des droits de l'homme. Les traces sont conservées quarante ans pour une personne condamnée, vingt-cinq ans pour un « mis en cause », selon la terminologie judiciaire. Car il n'est pas nécessaire de passer par la case tribunal pour saliver. Être impliqué dans une procédure peut suffire. Les « mis en cause » représentent d'ailleurs 75 % du FNAEG.

 

Et Hortefeux ?

 

Pascal n'est pas un rebelle. Jeudi dernier, il s'est rendu gentiment au commissariat. « Ils ont été très sympathiques. Ca n'a pas duré plus de cinq minutes. Ils m'ont montré la pile des prélèvements qu'ils avaient à faire, il y en avait des centaines. "Tout le monde y passe maintenant", m'a dit l'un. Même Hortefeux, j'ai demandé ? Non, les injures raciales ne sont pas concernées. Et puis sa condamnation n'est pas définitive. »

Pascal n'a rien contre la police. « J'ai même fait partie de la maison pendant cinq ans. Ils font le boulot qu'on leur demande, même si ça ne les enchante pas. »

Ce qu'il veut dénoncer, c'est « cette insupportable façon de ficher les gens » et « le gâchis insensé d'argent public que cela représente ».

Dernière précision : refuser un prélèvement biologique est un délit passible d'un an d'emprisonnement et/ou d'une amende de 15 000 euros.

 

http://www.sudouest.fr/2011/03/07/salivez-vous-etes-fiches-335305-1391.php


C O M M E N T A I R E S  :  I C I

 

 

 

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